Moins cuisiner pour mieux se nourrir
- Florence Gourret
- 10 juil.
- 4 min de lecture
La liberté retrouvée dans l'assiette carnivore
Quelqu'un m'a dit un jour que cuisiner était un art. Je veux bien. Mais à un moment, l'art est devenu une obligation, une performance, une source de culpabilité permanente.
Faut-il faire tremper ses légumineuses la veille ? Blanchir, dégorger, mariner ? Acheter le bon robot, la bonne mandoline, le bon déshydrateur ? Suivre la recette en douze étapes du blog santé qui garantit que ce smoothie vert va changer votre vie ?
La cuisine moderne est devenue d'une sophistication idiote. Et cette sophistication ne sert pas votre santé — elle sert l'industrie qui vous vend les produits, les ustensiles, et les formations pour apprendre à les utiliser.
Depuis que je mange carnivore, j'ai vidé la moitié de ma cuisine. Et je n'ai jamais aussi bien mangé.
Ce qui a disparu
La liste de ce que je n'utilise plus est longue. Le cuiseur vapeur. La centrifugeuse. Le blender à smoothies. Les bocaux de légumineuses à faire tremper. Les sachets d'épices complexes. Les recettes en vingt ingrédients. Les livres de cuisine végétarienne.
Tout ça prenait du temps, de l'énergie, de la place. Et pour quoi ? Pour produire des repas que mon corps ne digérait pas bien, qui me laissaient gonflée, fatiguée, en manque d'énergie une heure après avoir mangé.
Je précise : je n'ai jamais été du genre à suivre les recettes à la lettre. Je m'en inspirais — les ingrédients, le mode de cuisson — puis je faisais à ma façon. Spontanément, intuitivement. Même cette liberté-là ne suffisait pas à compenser ce que ces aliments faisaient à mon corps.
Ce qui reste
Ce qui reste dans ma cuisine est simple — et le plus souvent bio.
De la viande de ruminant, essentiellement. Du beurre au lait cru. Du sel de Guérande non raffiné. De la laitue de mer pour l'iode — naturellement absente du sel. De l'eau de source agrémentée d'électrolytes. Et une multitude de couteaux que j'affectionne, avec trois poêles et deux casseroles en cuivre.
C'est tout.
Deux repas par jour, parfois trois selon les besoins de mon corps et de mon activité. Un jeûne intermittent de 14 à 18 heures en moyenne — naturellement, sans effort, parce que le corps cétogène n'a plus faim toutes les trois heures.
Je pratique ce jeûne non par ascèse, mais par biologie. Au-delà de 12 heures de jeûne, le corps déclenche l'autophagie — un processus de nettoyage cellulaire profond par lequel les cellules endommagées ou défectueuses sont recyclées de l'intérieur. Le corps se répare lui-même, silencieusement, pendant qu'on dort ou qu'on vaque. C'est l'une des découvertes les plus puissantes de la biologie moderne — Yoshinori Ohsumi a reçu le Prix Nobel de médecine en 2016 pour ses travaux sur l'autophagie. Mon carnivore et mon jeûne travaillent ensemble — l'un nourrit juste, l'autre nettoie profond.
La simplicité ne signifie pas l'absence de conscience. Je surveille mon ratio lipides/protéines — parce qu'une côte d'agneau, une entrecôte et un blanc de poulet n'ont pas du tout le même profil. La teneur en graisses varie considérablement selon la viande, et ce ratio influence directement l'énergie, la satiété, et la cétose. C'est une donnée que j'ajuste selon mon activité du jour.
Un repas se prépare en dix minutes. Pas de planification complexe. Pas de courses interminables à déchiffrer des étiquettes. Pas de culpabilité.
La simplicité n'est pas une régression. C'est un retour à l'essentiel.
Le rituel du matin
Ce que j'ai gardé, c'est un rituel. Pas une recette.
À jeûn, ma tisane d'hysope et des graines de coriandre — préparée en deux minutes, bue en contemplant le soleil se lever. Puis mes œufs. Puis ma viande.
Ce n'est pas austère. C'est ancré. Il y a une différence.
L'austérité, c'est se priver. L'ancrage, c'est savoir exactement ce dont on a besoin et le prendre sans détour.
Le temps retrouvé
Ce que personne ne dit sur le régime carnivore, c'est le temps qu'il rend.
Plus de courses compliquées. Plus de préparations longues. Plus de repas ratés parce qu'un ingrédient manquait. Plus de cette fatigue mentale qui accompagne une alimentation végétale — la gestion des associations, des compléments, de la biodisponibilité réelle des nutriments.
Un mot sur ce dernier point : les végétaux contiennent des antinutriments, dont l'acide oxalique, qui bloquent l'absorption des minéraux essentiels — fer, calcium, magnésium. On peut manger une alimentation apparemment riche et rester en carence chronique. La biodisponibilité des protéines et des minéraux animaux est sans comparaison avec celle des végétaux. Ce n'est pas un jugement de valeur — c'est de la biochimie.
Ce temps retrouvé, je le mets ailleurs. Dans ma pratique. Dans mes clients. Dans mes articles. Dans les conversations qui comptent. Dans les bains de mer.
Manger bien ne devrait pas être un travail à temps partiel. C'est ce que l'industrie alimentaire nous a fait croire — parce que plus c'est complexe, plus on achète, plus on consomme, plus on dépend.
Une invitation
Je ne dis pas que tout le monde doit manger carnivore. Je dis que si vous passez plus de temps à cuisiner qu'à vous sentir bien dans votre corps, quelque chose mérite d'être questionné.
La nourriture est une information et un carburant. Le meilleur carburant est celui que votre corps assimile bien, qui vous donne de l'énergie durable, et qui vous libère du temps pour vivre.
Pour moi, ce carburant est simple. Radical. Et remarquablement efficace.
de Florence Gourret, Directrice/Fondatrice de Maison Bien-Etre LaHoChi. www.maisonbienetrelahochi.fr
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